Le succès des technologies d’audit chez les auditeurs du secteur public malaisien : principaux enseignements et orientations futures

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Par le Dr Farida Binti Veerankutty, Cheffe du Département d’audit interne, Ministère du Logement et des Collectivités locales de Malaisie

Introduction

Les nouvelles méthodes de travail dans l’environnement numérique ont eu des répercussions sur les pratiques d’audit actuelles, en particulier dans le domaine de l’audit financier, et ont orienté la fonction d’audit vers une nouvelle voie. Les auditeurs doivent s’adapter aux changements induits par les technologies (Yen, Huang, Li et Hsiah, 2006). Cela a donc rendu nécessaires de nouvelles procédures, techniques et outils d’audit pour évaluer les contrôles afin d’atténuer les nouveaux risques commerciaux (Masli, Peters et Richardson, 2010).  De plus, les normes d’audit stipulent clairement que des contrôles informatisés et des techniques d’audit assistées par ordinateur doivent être mis en œuvre dès lors que les clients de l’audit utilisent des systèmes d’entreprise avancés et dépendent largement des technologies de l’information (TI) (Abdolmohammadi & Boss, 2009). 

Les auditeurs doivent intégrer des logiciels d’audit de pointe (technologies d’audit) dans le processus d’audit. Cela les encourage à mener leurs travaux dans un environnement électronique et permet un processus d’audit plus efficace et performant (Braun & Davis, 2003). 

Des recherches récentes mettent en évidence un écart significatif entre les compétences réelles et la perception qu’en ont les praticiens en matière de technologie d’audit. Si les auditeurs reconnaissent l’importance stratégique de ces outils, leurs compétences techniques restent insuffisantes. Par conséquent, des interventions pédagogiques ciblées sont nécessaires pour aligner les capacités des praticiens sur les exigences du secteur (Feliciano, C., & Quick, R., 2022).

Pourquoi la technologie d’audit est-elle importante

Bien que l’utilisation de la technologie par les auditeurs du secteur public malaisien dans le cadre de leurs missions d’audit ait débuté en 1980, la direction du Département national d’audit de Malaisie (NAD) a exprimé son inquiétude quant à la sous-utilisation de la technologie par les auditeurs (Buang, 2015). Malgré l’utilisation de la technologie, les auditeurs du secteur public sont toujours confrontés à des défis liés aux attentes de la direction et aux normes professionnelles (Veerankutty, 2009). Un article de recherche publié en 2015 a souligné que les auditeurs du secteur public n’utilisent pas l’analyse des données non structurées pour effectuer l’exploration de données et la collecte de preuves d’audit en raison de leurs compétences techniques limitées et des problèmes liés à la complexité des systèmes, à la provenance des données de différentes sources et plateformes, aux capacités et compétences en ressources humaines, ainsi qu’aux questions de responsabilité et de compatibilité (Buang, 2015). 

Cependant, l’utilisation des technologies d’audit affiche une tendance à la hausse depuis la pandémie de COVID-19. Le rapport 2022 de l’IFAC et du CIPFA a mis en évidence une évolution significative vers l’utilisation de technologies d’audit intégrées dans la gestion des finances publiques. Il est donc nécessaire d’évaluer l’efficacité des technologies d’audit dans le cadre des missions d’audit. Cela permettra aux organismes d’audit de déterminer si les auditeurs sont en mesure d’accomplir les tâches requises et de fournir un travail d’audit de qualité. Pour que l’application des technologies d’audit soit un outil efficace dans le cadre de la mission d’audit, il est nécessaire de développer et de mieux comprendre les facteurs qui permettent le mieux de mesurer le succès de ces technologies. 

Aperçu de la recherche

Modèle de réussite des systèmes d’information (SI)

Alors que les organisations continuent d’investir massivement dans les systèmes d’information pour améliorer la prestation de services et renforcer les performances individuelles et organisationnelles, l’évaluation des investissements dans les SI est essentielle pour rationaliser leur importance et leur contribution à la qualité, à la compétitivité et à l’efficacité de l’organisation. Le modèle de réussite des SI comporte trois composantes : la création d’un système d’information, l’utilisation du système et les conséquences de cette utilisation.

Conception de la recherche 

Cette étude vise à comprendre comment le point de vue des utilisateurs sur les technologies efficaces peut influencer la capacité de ces technologies à accroître l’efficacité des performances professionnelles des auditeurs et à améliorer la qualité de l’audit. 

Dans cette étude, la réussite des technologies d’audit désigne l’efficacité de la technologie/du système du point de vue des utilisateurs sur leurs performances professionnelles, et la variable dépendante vise à mesurer la capacité des technologies d’audit à améliorer les performances professionnelles des auditeurs ainsi que la qualité de l’audit assisté par la technologie. 

Méthode de recherche 

Les données ont été recueillies auprès d’auditeurs du secteur public effectuant des missions d’audit assistées par la technologie au sein du Département national d’audit de Malaisie au cours de l’année 2016, à l’aide de questionnaires administrés en personne (sur papier) et par voie électronique. Sur un total de 1 504 questionnaires distribués, 309 ont été jugés valides et utilisés pour l’analyse. 

Principaux résultats

Sur l’échantillon de 309 répondants de cette étude, environ 45,0 % ont plus de 5 ans d’expérience dans l’utilisation des technologies d’audit et 62,1 % des auditeurs interrogés sont perçus comme possédant des compétences en matière de TI adéquates. 

Les résultats ont montré que la qualité du système, la qualité de l’information, l’utilité perçue, la satisfaction des utilisateurs et l’impact individuel constituent des mesures valides et fiables du succès des technologies d’audit. 

Les auditeurs du secteur public estiment qu’une technologie d’audit de meilleure qualité, telle que des systèmes fournissant des informations utiles et actualisées, renforce leur perception de l’utilité de la technologie. Cela accroît leur satisfaction et a un effet positif sur leurs performances professionnelles.

Implications professionnelles : feuille de route pour le projet de numérisation du département national d’audit

Sous la nouvelle direction de l’Auditrice générale (A-G) de Malaisie, Datuk Seri Wan Suraya Wan Mohd Radzi, le Département national d’audit (NAD) connaît la plus grande transformation numérique de ses 120 ans d’histoire. L’A-G s’est engagée à passer d’un échantillonnage traditionnel à un système fondé sur les données, avec pour objectif une « numérisation complète » d’ici à 2025-2026, dans le cadre de l’initiative PPJ (Projek Pendigitalan Jabatan Audit Negra), qui désigne le projet de numérisation du Service national d’audit (Département national d’audit, 2026).

Les principaux volets de l’initiative PPJ se traduisent par le déploiement de plusieurs systèmes numériques à fort impact, tels que :

  • Système e-SelfAudit : lancé pour automatiser l’audit de près de 2 000 entreprises liées au gouvernement (GLC). 
  • Tableau de bord de l’Auditrice générale (AGD) : il permet un suivi en temps réel des questions d’audit.
  • « War Room » d’audit national : la mise en place d’une « War Room » numérique centrale et d’installations similaires dans tous les bureaux régionaux du NAD afin de faciliter le suivi des données en temps réel et la réalisation d’audits à fort impact.
  • Système de développement du capital humain (SPMI) : un système dédié à la gestion de la mise à niveau numérique des compétences des plus de 2 000 agents du NAD.

L’engagement de l’Auditeur/-rice général/e est renforcé par les modifications apportées en 2024 à la loi de 1957 sur l’audit, qui habilitent l’Auditeur/-rice général/e à auditer toute entité recevant des fonds publics. Cette entreprise colossale serait impossible sans le système e-SelfAudit mis en place dans le cadre de l’initiative PPJ. Les outils numériques sont conçus pour faciliter l’approche « suivre l’argent public », garantissant que chaque dépense est suivie sur les plateformes numériques afin d’identifier les fuites et les inefficacités. L’engagement de l’Auditeur/-rice général/e reflète un pivot stratégique visant à devenir une institution de « contrôle et d’équilibre » pour l’ère numérique, dans le but d’éliminer les erreurs humaines et les retards liés au traitement manuel tout en renforçant l’effet dissuasif contre la mauvaise gestion financière dans le secteur public.

Compte tenu de l’engagement fort de l’Auditrice générale, les développeurs du système de l’initiative PPJ devraient se concentrer sur la qualité de l’application en termes de fonctionnalités et de résultats. Ils devraient veiller à ce que l’application/la technologie d’audit soit conviviale, facile à prendre en main et à utiliser. 

L’équipe PPJ devrait s’attacher à développer des technologies d’audit capables de générer des informations qui répondent de manière adéquate aux besoins des auditeurs. Ces informations doivent être à jour, précises et fournies en temps opportun. Le fait de disposer d’informations précises influencera la perception qu’ont les auditeurs de l’utilité de l’application d’audit lors des audits assistés par la technologie. Lorsque les auditeurs auront le sentiment que les technologies d’audit leur permettent d’accomplir leurs tâches plus rapidement et plus efficacement, et d’améliorer leur travail, ils seront plus enclins à les utiliser. Cela améliorera l’efficacité de la technologie dans leur fonction, augmentera la satisfaction des auditeurs à l’idée d’utiliser plus fréquemment la technologie d’audit et améliorera les performances de l’audit assisté par la technologie. De plus, la satisfaction des auditeurs quant à l’efficacité et à l’efficience de la technologie d’audit stimulera l’utilisation réussie de la technologie lors de la mission d’audit. En conséquence, l’utilisation de la technologie par les auditeurs peut accroître l’efficacité, la productivité et l’efficience de leurs performances professionnelles, ce qui représente à son tour le succès de la technologie d’audit. 

La direction et l’équipe de la PPJ devraient mettre l’accent sur la sensibilisation des auditeurs afin de surmonter leur résistance à la technologie. En outre, sur la base de cette étude, une formation suffisante devrait être dispensée aux auditeurs afin de garantir le développement des connaissances et des compétences appropriées liées aux technologies d’audit, ce qui renforcera encore davantage la perception selon laquelle ces technologies sont utiles et bénéfiques pour les auditeurs. 


Références

  1. Abdolmohammadi, M. J., & Boss, S. R. (2009). Factors Associated with IT Auditing by Internal Auditors. (Facteurs associés à l’audit des technologies de l’information par les auditeurs internes.) International Journal of Auditing, 13(3), 209-225.
  2. Braun, R. L., & Davis, H. E. (2003). Computer‐assisted audit tools and techniques: analysis and perspectives. (Outils et techniques d’audit assistés par ordinateur : analyse et perspectives.) Managerial Auditing Journal, 18(9), 725-731.
  3. Buang, A. (2015). Leveraging Technology to Enhance Audit Quality and Effectiveness. (Tirer parti de la technologie pour améliorer la qualité et l’efficacité de l’audit.) Dans le 6ème Symposium de l’ASOSAI, Kuala Lumpur, Malaisie.
  4. Feliciano, C., & Quick, R. (2022). Innovative Information Technology in Auditing: Auditors’ Perceptions of Future Importance and Current Auditor Expertise (Technologies de l’information innovantes en audit : perceptions des auditeurs quant à leur importance future et à leur expertise actuelle.) Accounting in Europe, 19(2), 311–331. https://doi.org/10.1080/17449480.2022.2046283
  5. IFAC & CIPFA. (2022). International Public Sector Accountability Index: 2022 Status Report. (Indice international de responsabilité du secteur public : Rapport d’avancement 2022.) Fédération internationale des comptables.
  6. Département national d’audit. (26 janvier 2026). Majlis Peluncuran Sambutan 120 Tahun Jabatan Audit Negara. https://www.audit.gov.my/index.php/sorotan-aktiviti/2578-majlis-peluncuran-sambutan-120-tahun-jabatan-audit-negara
  7. Masli, A., Peters, G. F., Richardson, V. J., & Sanchez, J. M. (2010). Examining the potential benefits of internal control monitoring technology. (Examen des avantages potentiels des technologies de surveillance du contrôle interne.) The Accounting Review, 85(3), 1001-1034
  8. Veerankutty, F. (2009). Information technology (IT) related auditing in Malaysian public sector: an empirical study of national audit department of Malaysia. (L’audit lié aux technologies de l’information (TI) dans le secteur public malaisien : une étude empirique du Département national d’audit de Malaisie.) Thèse non publiée, Université Malaya, Kuala Lumpur, Malaisie.
  9. Yen, C.C., Huang, S.M., Li, C.L. et Hsiah, Y.C. (2006), “Application, influence and impact of Sarbanes-Oxley Act”, (« Application, influence et impact de la loi Sarbanes-Oxley ») Computer Auditing Journal, vol. 15, p. 1-11.
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