Indépendance de l’Office national d’audit et de l’ISC de Mongolie
Par Magnaisuren Sandag, vérificateur général de Mongolie, et Bulten Batsaikhan, Cour des comptes de Mongolie
Résumé
Cet article présente l’expérience du Bureau national d’audit de Mongolie (MNAO) en matière de renforcement de l’indépendance des institutions supérieures de contrôle (ISC) dans la pratique, par le biais de réformes institutionnelles, de l’engagement des parties prenantes, de la gestion de la qualité et de l’innovation numérique. Si les garanties légales et constitutionnelles constituent le fondement de l’indépendance, les récentes réformes du MNAO montrent comment l’indépendance est renforcée par une planification transparente des audits, la participation du public, une qualité d’audit constante et la coopération internationale. S’appuyant sur les étapes franchies entre 2024 et 2025 – notamment l’adoption d’une stratégie d’engagement des parties prenantes, la mise en œuvre de la norme ISSAI 140, la restructuration organisationnelle et la transformation numérique avancée – l’article illustre la manière dont l’indépendance des ISC peut être sauvegardée et renforcée dans un environnement de gouvernance en évolution rapide.

Introduction
Le Bureau national d’audit de Mongolie (MNAO) est l’institution supérieure d’audit de Mongolie, mandatée par la Constitution de Mongolie et la loi sur l’audit d’État pour assurer la responsabilité, la transparence et le contrôle efficace des finances publiques et des actifs de l’État. Les origines de l’audit d’État en Mongolie remontent à 1922, reflétant plus d’un siècle de développement institutionnel façonné par les transformations politiques, économiques et sociales.
Après la transition de la Mongolie vers la démocratie et l’économie de marché au début des années 1990, l’adoption de la loi sur l’audit d’État en 2003 a marqué une étape décisive dans l’institutionnalisation des principes modernes de l’audit d’État, notamment l’indépendance, le professionnalisme et la responsabilité. Aujourd’hui, le MNAO réalise des audits financiers, des audits de conformité et des audits de performance tant au niveau central qu’au niveau infranational, soutenant ainsi le Parlement, les institutions publiques et les citoyens par le biais d’un contrôle indépendant.
Cependant, l’expérience internationale montre que l’indépendance des ISC ne peut pas être garantie uniquement par des dispositions légales. L’indépendance doit également être protégée dans la pratique – par une sélection transparente des sujets d’audit, une compétence professionnelle, une gestion cohérente de la qualité et une forte confiance du public. Ces dernières années, le MNAO a mis en œuvre un programme de réforme complet visant à renforcer l’indépendance en tant que réalité institutionnelle vécue.
Engagement mondial en faveur de l’indépendance des ISC
Les efforts de réforme de la Mongolie sont étroitement alignés sur les développements mondiaux au sein de la communauté internationale de l’audit. Lors du 25e congrès de l’Organisation internationale des institutions supérieures de contrôle des finances publiques (INTOSAI), qui s’est tenu à Charm el-Cheikh, en Égypte, du 27 au 31 octobre 2025, les délégués ont adopté la Déclaration de Charm el-Cheikh – un engagement collectif à renforcer l’indépendance des ISC, leur compétence professionnelle et l’impact de leurs contrôles.
Le Congrès a mis l’accent sur l’innovation en matière d’audit, l’utilisation éthique et responsable des technologies de pointe, y compris l’intelligence artificielle, et le rôle des ISC dans la résolution des crises financières et économiques et la contribution aux Objectifs de développement durable (2030). Le MNAO était représenté par de hauts responsables, ce qui témoigne de son engagement actif dans l’élaboration du programme d’audit mondial.
En marge du Congrès, le MNAO a signé un protocole d’accord avec la Cour fédérale des comptes du Brésil, présidée par le président de l’INTOSAI. Cette coopération permet à la Mongolie d’utiliser un logiciel d’audit basé sur l’IA et le big data développé par le Brésil, ce qui renforce l’indépendance opérationnelle grâce à une capacité d’analyse accrue et à une dépendance réduite à l’égard des sources d’information externes.


L’engagement des parties prenantes, pilier de l’indépendance
Des attentes croissantes de la part du public
Les attentes du public en matière de transparence, de responsabilité et d’utilisation efficace des ressources publiques ne cessent de croître. Les citoyens cherchent des réponses claires pour savoir si les politiques publiques servent l’intérêt général et si les budgets et les actifs de l’État contribuent de manière significative à l’amélioration des moyens de subsistance.
Le MNAO reconnaît qu’un engagement limité avec les parties prenantes peut affaiblir la pertinence de l’audit et la confiance de la société, ce qui affecte indirectement la perception de l’indépendance. En conséquence, l’engagement avec les parties prenantes a été élevé au rang d’outil stratégique pour renforcer l’indépendance par la légitimité, la transparence et la valeur publique.
Les principales parties prenantes sont le Parlement, les Khurals représentatifs des citoyens, les entités gouvernementales, les organisations auditées, les citoyens, la société civile, les médias et les institutions universitaires.
Adoption de la stratégie d’engagement des parties prenantes (2025-2030)
En 2025, le MNAO a adopté une stratégie globale d’engagement des parties prenantes, alignée sur son plan stratégique 2025-2030. Au cœur de cette stratégie se trouve la première priorité : accroître la confiance du public dans le contrôle des finances publiques et renforcer l’importance de l’audit du secteur public.
L’objectif stratégique 1 est axé sur la réalisation d’audits sur des questions d’intérêt public qui attirent l’attention des citoyens et exigent des réponses précises et factuelles. Cet objectif favorise l’ouverture dans la sélection des sujets d’audit, la divulgation transparente des résultats d’audit et le renforcement de la supervision publique du suivi des audits.
Cette stratégie reflète le passage d’un modèle de performance tourné vers l’intérieur à un modèle d’audit fondé sur la pertinence sociétale – une dimension essentielle de l’indépendance dans la pratique.
Participation du public à la sélection des thèmes d’audit
Pour préserver l’indépendance, il est essentiel de veiller à ce que la sélection des thèmes d’audit soit transparente et fondée sur l’intérêt public.
Utilisation de la plateforme d’engagement des citoyens “11-11
Les plaintes et les propositions soumises par l’intermédiaire du “11-11 Public Service and Citizen Engagement Center” du gouvernement ont été systématiquement analysées et considérées comme des sujets d’audit potentiels. L’analyse des soumissions de 2022 à la mi-2025 a révélé une préoccupation croissante des citoyens concernant les services publics, en particulier l’entretien des logements, l’approvisionnement en eau, le chauffage et la distribution d’électricité.
Sur la base de ces éléments, le projet de plan d’audit pour 2026 comprend un audit sur l’état de préparation et l’efficacité du système d’approvisionnement en chauffage de la ville d’Oulan-Bator.
Propositions de citoyens numériques via E-Mongolia
En 2025, le MNAO a mis en place un service en ligne permettant aux citoyens de soumettre des propositions de sujets d’audit de performance par l’intermédiaire de la plateforme E-Mongolia. Entre janvier et juin 2025, 77 propositions ont été reçues, les propositions relatives à la distribution des dividendes de la société “Erdenes Tavantolgoi” JSC représentant 22,5 % des propositions et ayant été sélectionnées comme sujets d’audit.
Ces mécanismes renforcent l’indépendance en garantissant que les priorités de l’audit reflètent les préoccupations de la société plutôt que les pressions institutionnelles ou politiques.

Gestion de la qualité et ISSAI 140
L’indépendance opérationnelle est étroitement liée à la qualité et à la cohérence des audits. La révision de la norme ISSAI 140 a marqué une évolution vers un système de gestion de la qualité complet et fondé sur les risques.
Le MNAO a élaboré et approuvé un plan de mise en œuvre de la norme ISSAI 140 pour la période 2024-2025, comprenant la traduction, la validation, l’évaluation des besoins et l’analyse des lacunes institutionnelles. L’évaluation a permis d’identifier les domaines dans lesquels il convient de renforcer les dispositifs de gouvernance, l’évaluation des risques, la documentation et la supervision de la direction.
Les objectifs et les risques en matière de qualité ont été définis tant au niveau de l’organisation qu’à celui de la mission, en intégrant les considérations relatives à la qualité dans la planification, l’exécution, l’établissement des rapports et le suivi des audits. Des documents d’orientation pratiques et des activités de renforcement des capacités ont été mis en place pour garantir une compréhension cohérente et une responsabilité partagée en matière de qualité au sein de l’institution.
Réforme organisationnelle alignée sur les fonctions essentielles
Pour mieux garantir l’indépendance et l’efficacité, le MNAO a révisé sa structure organisationnelle en juin 2025. Dans le cadre de cette nouvelle structure, plus de 80 % du personnel de l’organisation d’audit de l’État exerce des fonctions liées à l’audit. Au siège, la proportion est passée de 55,5 % à 66,5 %.
La réforme a permis de réduire les niveaux de gestion, de rationaliser les responsabilités, de réviser 121 descriptions de postes et d’introduire des comités permanents pour renforcer la cohérence des politiques et la mise en œuvre cohérente aux niveaux central et infranational. Ces mesures réduisent la fragmentation interne et renforcent l’autonomie professionnelle.
Transformation numérique et indépendance
La transformation numérique est un facteur essentiel de l’indépendance des ISC modernes. Grâce à la coopération avec le Brésil, le MNAO a commencé à localiser ChatTCU et CopilotTCU, des systèmes basés sur l’IA qui soutiennent la planification de l’audit, le traitement des documents, la vérification et l’analyse.
Ces outils améliorent l’exactitude des données, réduisent les délais d’audit, renforcent la gestion des connaissances institutionnelles et permettent aux auditeurs de se concentrer sur l’analyse stratégique plutôt que sur le traitement manuel. En augmentant la capacité d’analyse et en réduisant la dépendance à l’égard de sources d’information fragmentées, la transformation numérique renforce l’indépendance opérationnelle et la crédibilité de l’audit.
Conclusion : L’indépendance comme processus continu
Le MNAO reconnaît que la sauvegarde de l’indépendance est un processus continu. S’appuyant sur les réformes mises en œuvre au cours de la période 2024-2025, l’institution prépare un plan d’action 2026-2030 pour les objectifs de qualité, intégré dans les plans de travail annuels et trimestriels.
En renforçant l’engagement des parties prenantes et en institutionnalisant un solide système de gestion de la qualité, le MNAO vise à renforcer son indépendance dans la pratique, à accroître la confiance du public et à faire en sorte que les résultats des audits se traduisent par des améliorations tangibles de la gouvernance et de la prestation des services publics.